Tout en me préparant pour sortir - crème, fond de teint, maquillage devant la glace - je pensais à la sexualité chez Cévenne, comparée à la sexualité chez Olivier. Il semble que tous deux redoutent le plaisir féminin, mais de façon diamétralement opposée. Le premier l'entrave par des brutalités intempestives ; le second par des tendresses intempestives. Curieux. Une sorte de mauvaise volonté de cancre les pousse, chacun à sa façon, à inventer des écarts pour contrer mon espérance, comme on évite les flaques d'eau dans les sentiers, au cours des promenades.

Alain au contraire plongeait dans l'amour jusqu'aux oreilles, il pataugeait dans la bonne boue du sexe comme un porc, si bien que soi-même on finissait par se sentir étrangement animalisée, sous lui... et qu'il fallait ensuite, à tâtons, rechercher, en même temps que sa chemise, son âme, abandonnée froissée sur le dossier d'une chaise.

Quant aux êtres enfin, avec qui j'ai connu un bonheur du corps, du coeur et de l'âme, ces amants se sont envolés. Que redire à cela ?

Ce sont amis que vent emporte

Et il ventait devant ma porte

Les emporta.

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